Bulle de Crins Thérapeute holistique à l'écoute des animaux et de leurs humains ~ Equitation vers un équilibre physique et psychique

Les vaches : un jour respectées ?

bulledecrins Par Le 18/12/2024

Dans Carnet de bord

   

Vache laipis

Aujourd'hui il me tient à coeur d'utiliser mes doigts pour pianoter sur un clavier et porter la voix de mes amies vaches.

Elles me fascinent par leurs amitiés, leurs beautés, leurs adaptabilités dans des environnements parfois bien loin de leurs besoins.

Des petits rigolos m'ont déjà dit "Mais si nous ne mangeons plus de viande bovine, il n'y aura plus de vache". Je leur réponds plutôt étonnée de cette conclusion, qu'en avoir moins serait en effet bénéfique pour elles avant tout. Des champs en revanche il y en aura, par chance, toujours. Et qui de mieux que les vaches, moutons, chèvres, chevaux, ânes, poules... pour les entretenir en plus des animaux sauvages ?

Chaque année je rencontre des vaches dans ma profession et lors de mes balades. J'aime rester avec elles. Très vite habituée à ma présence, elles arrivent discrètes comme une tortue bien qu'imposantes et curieuses d'en savoir plus sur moi comme de moi sur elles, nous nous observons. Ma chienne se pose et des approches nez à nez se tentent. La peur saisit l'une ou l'autre avant de tenter à nouveau l'expérience. Les vaches, je les aime autrement que dans mon assiette. J'aime les soigner, les voir me surveiller quand je viens aider leurs veaux en demandant leur consentement pour poser mes mains inconnues sur leurs protégés. Elles sont joueuses et résilientes, belles et fortes, attentives et communiquantes.

Alors savoir qu'un cas de tuberculose bovine touche un élevage de mon département en ce moment, me met en colère. Le diagnostic tombe à l'abattoir (des marques significatives se constatent à l'intérieur du corps) et la prophylaxie est dévastatrice : mort de tous les animaux. Comment tolérer l'intolérable ?

La tuberculose bovine peut être présente longtemps sans provoquer de symptomes apparents et elle ne se transmet pas par la consommation de la viande. Elle reste une zoonose car l'humain peut s'infecter par inhalation, plaie, manipulation de zones infectées. L'abattage du troupeau est indemnisé mais on n'indemnise ni le traumatisme psychologique de perdre d'un seul coup tous ses animaux avec lesquels et grâce auxquels on vit chaque jour, ni les années de selection pour avoir un troupeau indexé ou au minimum adapté aux conditions de vie de leur environnement. L'agriculteur ne voit pas la barquette de viande pour laquelle il travaille. Il voit ses animaux, vivants, et pour certains - peut-être même la majorité - il n'est pas question de penser à son animal mort mais à uniquement s'occuper de sa vie. Les conditions de détention sont loin d'être toujours dignes ce qui est à mon sens anormal mais il y a une différence entre l'agriculteur qui fait du mieux qu'il peut et celui qui n'a aucun scrupule. Il faut faire cette différence qui est capitale et permet de valoriser des troupeaux plus petits, vivants dehors au maximum et écoutés dans leurs besoins spécifiques. Il y a le troupeau et il y a l'individu.

Et le point de vue des vaches dans tout cela ? Elles comprennent tout. Comme toute espèce vivante, elles ont la capacité de faire des sorties de corps pour échapper à des douleurs. Lorsque la souffrance est quotidienne par des conditions de vie éloignées de leurs besoins, elles ne sont plus vraiment là. Est-ce utile de spécifier que ces animaux désabusés ne produiront pas ce qu'il sera attendu ? Elles souffrent de ne pas être dehors, elles souffrent qu'on leur retire leurs petits, elles souffrent de ne pas être considérées, elles souffrent d'avoir des inséminations à répétition, elles souffrent de partir à l'abattoir dans un camion aux odeurs de peurs et de morts. Un jour, une vache Salers que je venais consulter car elle restait couchée sans vouloir se relever me dit "Pourquoi me relever puisque je vais aller à l'abattoir ?" En effet l'agriculteur voulait qu'elle se lève pour pouvoir la monter dans le camion. Que lui répondre ? Envoyer de la paix et de la lumière et lui souhaiter une mort paisible et un chemin vers l'Au-Delà des plus doux sont les seules intentions que je peux lui envoyer dans ces moments là où mon coeur brûle de désir de l'emmener paître dans de vertes prairies avec ses amis dans la simple quiétude d'être en vie. Regardez-les jouer, courir, se lécher, se protéger, se coller, se surveiller.... lorsqu'elles vivent au pré. Regardez-les suivre les instructions de leur agriculteur lorsque celui-ci est bienveillant et leur parle avec calme et sérénité...

L'animal n'est pas un objet. C'est inscrit dans la loi mais pas encore gravé dans les moeurs. On veut de la rentabilité avec le vivant. Qui a eu cette idée ? Nous constatons les catastrophes liées à cette politique : des hôpitaux qui peinent à en être, des médecins surchargés voire méprisants, des malades pas soignés, des élevages en bâtiments dont les animaux ne connaissent ni l'odeur et la saveur de l'herbe ni l'effet du soleil sur leur dos, des chevaux en boxes avec la dernière doudoune tendance sur leur dos.  Vous trouvez cela normal ? Comment l'humain peut-il à ce point dénaturer ce qui l'entoure ?

Aujourd'hui je pense à ces agriculteurs de Vasles qui vont perdre leurs animaux à cause d'un cas de tuberculose bovine. Rien n'assure que les autres animaux soient porteurs et tous vont mourir. Ils étaient destinés à cela mais pas dans ces conditions, pas si tôt, pas en cassant une vie de sélection, pas tous en même temps.

 

Un site d'élevage a publié un article intéressant dont je cite cette question/réponse importante à l'heure des confusions :

" La faune sauvage est-elle responsable de la recrudescence de la tuberculose ?

La tuberculose de la faune sauvage a toujours au départ une origine bovine. Après l’avoir contractée auprès de bovins contaminés, blaireaux, sangliers et cerfs peuvent être susceptibles de constituer des « réservoirs » pour la bactérie. Cependant, omnivores et carnivores sont des réservoirs secondaires ou des culs-de-sac épidémiologiques (excepté le blaireau).
La faune sauvage n’est donc pas responsable de la recrudescence du nombre de cas de tuberculose constatée dans les cheptels bovins français ces dernières années. Cependant, elle a un rôle dans le maintien de cette maladie dans les zones qui ont été concernées par cette pathologie
."

 

Un autre témoignage d'une vache laitière est très intéressant sur le site de Peggy Reboul que je vous cite ici :

« La guérison ne sera que temporaire si notre éleveur ne revoit pas tout son système d’élevage. Il faut réduire le cheptel pour commencer. (…) Nous sommes des êtres vivants.
Notre gardien peut enrayer la maladie en nous laissant dehors plus longtemps, car c’est le béton qui nous fait mal, alors que la boue nous guérit. Il faut importer une autre bactérie pour nous aider.
Un environnement trop aseptisé ne nous convient pas. (…) Nous (les troupeaux en général) avons la force et le pouvoir d’aller mieux ou de mourir, si nous le voulons.
Tout est une question de choix. Les hommes ne comprennent pas qu’en voulant tout contrôler, ils perdent le contrôle de notre vie et de la leur. Laissez faire la nature et réduisez la taille du troupeau et l’élevage pérennisera.
»